Le point de vue bouddhiste

“Du point de vue bouddhiste, au tréfonds de l’homme réside la bonté fondamentale, même chez le criminel. On compare souvent cette réalité à un lingot d’or gisant sous des immondices. En enlevant la saleté, on ne la nie pas mais on en dégage l’or pur.

Malgré le pardon, le criminel ne peut espérer échapper aux conséquences de ses actes. Un repentant sincère ne devrait même pas demander pardon : l’important est de tout mettre en œuvre pour créer, en toute humilité et de tout son être, un bien équivalent au mal qu’il a commis.”

Mathieu RICARD

Joli point de vue.

Cela résume bien les enjeux qui résident dans cet acte aux vertus thérapeutiques et libératrices.

Sujet délicat

Comment pardonner ? Qui pardonner ?

Certains ont davantage de prédispositions à comprendre ce qui peut motiver un acte répréhensible (souffrance et peurs) et à passer un coup d’éponge sur l’ardoise. D’autres vont entretenir la rancœur et le désir de vengeance plus longtemps, parfois même des années et des années après l’événement marquant.

Bien sûr, il faut comprendre la réaction émotionnelle de celui qui a vécu un traumatisme important et qui n’est pas prêt à pardonner à son “bourreau” et à cet instant, ne l’envisage même pas une seule seconde.

Cependant, certains témoignages révèlent que c’est possible et ce, même dans des cas extrêmes. Une jeune femme a été abusée par son grand-père à maintes reprises. Après plusieurs dépressions est venue une certaine compréhension…puis un réel pardon vis à vis de son grand-père et elle témoigne que c’est à ce moment là qu’elle s’est sentie libérée et qu’elle a pu revivre.

Dans beaucoup de religions, une place importante est accordée au pardon…dans l’acte de se confesser par exemple….ou bien la fête du Yom Kippour. Mais ce qui reste essentiel à mon avis, c’est que cela soit sincère. Le temps fait son œuvre.

J’ai reçu une jeune femme. 10 ans après la séparation d’avec son mari, elle lui en veut toujours énormément et entretient des pensées de haine à son égard. Ses enfants en pâtissent et elle-même aussi puisqu’il faut bien voir que la haine que l’on nourrit vis à vis de quelqu’un pollue le corps de celui ou celle qui la maintient. C’est déjà à soi-même que l’on fait du mal lorsque l’on garde trop longtemps des pensées de rancune vis-à-vis de quelqu’un ou d’une situation.

Je lui ai proposé de lâcher sa colère…elle m’a rétorquée qu’en effet, son ex-mari avait subi des violences enfant et que c’était un schéma qu’il reproduisait (début de la compréhension)…depuis son énergie est plus sereine.

Parfois c’est à soi-même que l’on n’arrive pas à pardonner. “J’aurais dû, je n’aurais pas dû”. Energie négative ressassée. Entretenir auto-sabotage et culpabilité fait du mal.

Les conséquences de l’absence de pardon

Une femme âgée est venue me voir se rendant littéralement malade parce que l’une de ses filles lui fait beaucoup de reproches sur l’éducation qu’elle lui a donnée. Le mari de cette femme était malade et elle avait tant à faire que ce n’était pas évident pour elle d’accorder un 100% d’attention à chacun de ses enfants. Bien sûr, je suppose que cette fille a souffert dans son ressenti de manques certains et que faire par rapport à un ressenti ? Un ressenti est toujours juste pour celui qui le ressent ! Mais à entendre cette mère qui a réellement fait ce qu’elle a pu, il y a un constat évident : personne n’a raison ni tort mais à quoi est-ce que cela sert de continuer à générer de tels sentiments ? Combien regrettent de n’avoir pas pardonné à un être lorsqu’il était encore ici-bas ?

Se pardonner c’est aussi accepter d’être un élève dans la vie et d’avoir souvent fait de son mieux. Chaque journée comporte son lot d’opportunités de donner le meilleur de soi. Chaque jour, un soleil nouveau se lève.

Se remettre à zéro, repartir sur de nouvelles bases et faire de son mieux.

Les bénéfices du pardon

Lorsque l’on pardonne à quelqu’un ou que l’on se pardonne à soi-même, il y a un soulagement qui se fait et un élan de joie nouveau.

Selon moi, c’est une étape clé. Elle permet de se réouvrir, d’accepter de recevoir de nouveau, pour soi et pour les autres. Tant que le cœur est encombré par des sentiments de rancune, de culpabilité, de jalousie…, l’être s’en ressent et il aura le réflexe inconscient de se saboter, de ne pas accepter de vivre une autre étape. Il se privera immanquablement de ses talents. Il se coupera en partie du bonheur.